De 2025 à 2026 – un bilan
Cette année qui s’ouvre dans le fracas géopolitique d’une “opération spéciale” américaine pour changer le gouvernement vénézuélien par la voie des armes plutôt que par la voie du droit et des urnes semble poursuivre et bien accélérer le basculement du monde.
Depuis les Bush père, au Panama en 1989, et fils, en Irak en 2003 (avec les mêmes fallacieux prétextes de démocratisation pour ce dernier), les États-Unis nous avaient habitués à leur respect très relatif du droit international. Surtout lorsqu’il s’agit de l’Amérique dite “latine”, dont traditionnellement depuis le 19e siècle, ils considèrent être la puissance tutélaire (pas moins de 42 interventions depuis 1898).
Cette attaque directe sur un Etat souverain sans aucun mandat international, sans aucune justification ni provocation militaire de la part du Venezuela et surtout en passant outre leur propre système de contrôle démocratique est un signe supplémentaire que nous avons basculé dans le “monde des prédateurs” dont parle l’essayiste G. Da Empoli.
Avec la même rhétorique, et la même pratique que celle de V. Poutine en Ukraine (et d’une certaine façon celle de N. Maduro qui menaçait le Guyana d’une annexion de ses champs pétrolifères en mars 2025), le président américain acte l’obsolescence des règles qui organisaient la communauté internationale depuis la fin de la guerre froide, et la fin de l’ordre international sur lequel l’Europe s’était construite et avait appuyé ses leviers de puissance.
Quid de l’Union européenne dans ce chaos ? Que faire quand on a choisi la règle de droit pour soi et pour les autres, et fait de l’exemplarité (sociale, démocratique ou écologique), du commerce et de la coopération les pierres angulaires de son message au monde quand les grandes puissances se comportent sans aucune vergogne comme des Etats voyous ?
Comme on peut le voir à la très faible réaction des autorités de l’UE (entre “surveillance” et “appels à la désescalade”) devant la brutalité trumpienne, cette année 2026 s’annonce encore plus compliquée pour l’Union – et plus que jamais une année cruciale, entre la résignation vassale ou l’affirmation d’une souveraineté continentale partagée, menacée par les nouveaux prédateurs.
Bilan 2025 – Géopolitique
Ouverte dans la stupeur des premières annonces de la nouvelle administration Trump, entre guerre commerciale et remise en cause du soutien militaire et financier à l’Ukraine dans sa lutte contre l’envahisseur russe, l’année 2025 s’est, pour l’UE, principalement passée à l’ombre de la mèche orange du président américain (ES 6/1/25).
Pour l’Europe, c’est évidemment le conflit en Ukraine qui a structuré de façon déterminante sa situation géopolitique en 2025, car elle affecte aussi sa propre sécurité (ES 8/12/25).
Mais sur un mode d’usure : l’année a été marquée par la poursuite des reculs territoriaux ukrainiens, malgré les coups d’éclat stratégiques et une résilience spectaculaire face aux humiliations et trahisons de l’ancien allié américain (ES 24/2/25 et 3/3/25). La défection progressive a souligné les difficultés croissantes des Européens à maintenir un soutien militaire et financier à niveau (ES 5/5/25), dans un contexte de fragmentation politique intérieure comme avec la Roumanie (ES 24/2/25) et de retour de priorités domestiques.
Parallèlement, l’UE essaye timidement de tirer parti de la réélection de Donald Trump et de son discours agressif envers elle (ES 24/2/25) pour renforcer sa « souveraineté stratégique », tout en constatant la persistance de dépendances industrielles et technologiques critiques vis‑à‑vis de Washington et de Pékin (ES 10/11/25).
Côté élargissement, il reste un horizon mobilisateur pour les Balkans ou l’Ukraine (ES 24/11/25), mais soumis à des conditionnalités budgétaires et institutionnelles de plus en plus exigeantes, qui ralentissent le calendrier. Enfin, la Méditerranée et le voisinage Sud reviennent au premier plan, entre pressions migratoires, instabilité politique et recomposition des alliances énergétiques, ce qui oblige l’UE à arbitrer sans cesse entre sécurité, valeurs et intérêts économiques.
Bilan 2025 – Green Deal
Alors que la pression géopolitique a rendu encore plus vitale la trajectoire de décarbonation de l’économie européenne, le basculement politique des élections de 2024 et la dynamique des droites radicales sur le continent ont considérablement fragilisé les acquis du Pacte vert et l’exemplarité écologique de l’UE.
En 2025, le fameux “green deal” est entré dans une phase de révision et de tensions politiques plus visibles. Sous la pression des gouvernements et de certaines industries, la Commission a renoncé de facto au passage obligatoire au 100% électrique en 2035 pour les voitures (ES 24/11/25) tout en affirmant maintenir l’objectif de neutralité carbone en 2050 (ES 9/6/25 et 8/12/25). Ces reculs sont plus que symboliques, et s’accompagnent d’ajustements drastiques sur plusieurs textes clefs : simplification des règles sur les pesticides (ES 22/9/25 et 15/12/25), assouplissement des obligations de reporting extra‑financier (ES 3/11/25) et réouverture de débats sur les aides d’État vertes, notamment à la Roumanie et à l’Ukraine dans le cadre de la guerre.
L’année voit aussi monter la contestation sociale contre le coût de la transition, ce qui conduit l’UE à promouvoir une rhétorique de « transition juste » et à mieux articuler politique industrielle, protection des secteurs exposés et sécurité énergétique – particulièrement dans le cadre des traités commerciaux contestés (ES 15/12/25).
Le Pacte vert reste le cadre, mais son contenu se renégocie en profondeur et son tempo se politise.
Bilan 2025 – Etat de droit et démocratie
Les dynamiques démocratiques et l’Etat de droit dans l’UE, en 2025, auront été conflictuelles et hautement polarisées (ES 13/1/25).
De la Hongrie à la Slovaquie (ES 27/1/25), plusieurs États membres continuent de faire l’objet de critiques sur l’indépendance de la justice, la liberté des medias et l’utilisation partisane des fonds européens, ce qui maintient le recours au mécanisme conditionnant les financements au respect de l’état de droit (5/5/25).
Parallèlement, l’année est marquee par une nouvelle poussée des forces national‑populistes au Parlement européen et dans plusieurs capitales (ES 20/10/25), nourrie par la fatigue de guerre et ses consequences inflationnistes, les inquiétudes face à la transition écologique et une ingérence extérieure décuplée, alimentée aussi bien par la guerre hybride de Moscou contre l’Europe que par la pression psychologique de Washington en faveur des forces politiques populistes et d’extrême-droite.
Cette recomposition fragilise les coalitions traditionnelles et complexifie l’adoption de nouvelles régulations climatiques ou numériques (ES 20/1/25 et 1/9/25). En réaction, des débats s’intensifient sur la réforme des traités, l’extension du vote à la majorité qualifiée et de nouveaux garde‑fous contre les dérives illibérales, sans toutefois aboutir à des décisions structurantes en 2025.
