CAPTAIN DEMOCRACY 

CAPTAIN DEMOCRACY 

10 March 2025 Off By EG

Quand on parle de « crise de la démocratie européenne » il faut bien mesurer qu’il s’agit d’abord d’une crise des institutions démocratiques nationales. A l’exaspération sociale qui nourrit l’insurrection populiste s’ajoute la prise de conscience généralisée de menaces exogènes, soutenant les forces antidémocratiques, autoritaires, antilibérales à coup de désinformation, de paniques morales et d’opération de déstabilisation. 

Alors que les liens anciens entre Donald Trump et les services soviétiques, puis russes, sont de plus en plus clairement exposés, entre autres par le journaliste Régis genté auteur de Notre Homme à Washington, l’exemple américain du renversement démocratique est un scénario crédible dans de nombreux pays européens. 

En particulier en Roumanie avec l’arrestation du candidat pro-Kremlin C. Georgescu à la suite de la présidentielle annulée (cf. EIH 24/2/25) par la police. Celle-ci a mis à jour un inquiétant faisceau de preuves de conspiration. C’est aussi le cas en Bulgarie, où des députés du Parlement ont été arrêtés dans le cadre d’une enquête sur l’attaque des bâtiments de la Commission européenne à Sofia.

Parmi les réponses envisagées, l’UE élabore un « bouclier démocratique » visant à renforcer la résilience des démocraties nationales face aux ingérences étrangères et à la désinformation.

Par exemple, sur cette théorie du complot, propagée même par les plus hautes autorités américaines, expliquant que la Commission aurait annulé l’autorité d’annuler les élections nationales (comme en Roumanie). 

Cette interprétation est utilisée pour renforcer les régimes favorables au Kremlin. Le pouvoir en place en Serbie est mis en difficulté par des manifestations quasi quotidiennes depuis l’effondrement, en novembre 2024, d’un auvent en béton à la gare de Novi Sad. Cette tragédie a ravivé une colère contre la corruption qui gangrène la société. 

Vladimir Poutine explique cela par une ingérence extérieure et exprime son soutien aux autorités mises à mal par l’UE. Comme s’il était impensable que les citoyens serbes se révoltent contre des abus ayant pour conséquence des drames humains.

Dans une analyse au fond, le site Contexte revient sur le projet de « bouclier démocratique », annoncé par la présidente de la Commission européenne, prévu pour le troisième trimestre 2025. Il repose sur quatre piliers : la préparation de la société (résilience), l’intégrité des élections, la lutte contre la désinformation et le soutien à la société civile. Le Parlement européen a ainsi voté le 18 décembre 2024 la création d’une nouvelle commission spéciale en son sein sur ce futur bouclier, avec pour objectif de prévenir “l’ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’Union européenne, y compris la désinformation”.  

La Commission insiste sur la nécessité d’une « conscience situationnelle » accrue parmi les citoyens, les médias et la société civile. Cela implique une meilleure compréhension des menaces pesant sur les processus démocratiques, des modes opératoires de manipulation et des récits mobilisés. Sont aussi prévues des formations, de nouvelles structures et le renforcement des partenariats de sécurité avec les pays voisins sont envisagés.  

L’expérience des médias ukrainiens en temps de guerre peut être inspirante, si l’on en croit le témoignage de la rédactrice en chef du Kyiv independent interrogée par le Green European Journal.

Parallèlement, des initiatives comme l’Observatoire européen des médias numériques (Edmo) créé en 2020 ou EastStratCom un dispositif de 2015, travaillent sur les récits de désinformation, leur origine, leurs acteurs leurs relais, leurs techniques de diffusion et mécanismes de monétisation. Ces analyses permettent de développer des contre-récits adaptés pour contrer efficacement la propagande ou la manipulation. 

Maintenant que Captain America n’est plus là pour défendre les valeurs de la démocratie, il est temps de se tourner vers d’autres imaginaires pour la soutenir. Une analyse du Grand Continent revient sur les stratégies de guerre de l’information menées par des puissances comme les États-Unis et la Russie. Elle propose une mobilisation des imaginaires démocratiques pour contrer ces influences. Celle-ci se ferait autour d’une inspiration renouvelée, d’une société civile renforcée et d’une contribution décisive des médias et des industries créatives.