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23 February 2026 Off By Edouard Gaudot

C’était dans le FT: le mouvement MAGA a dĂ©cidĂ© d’investir dans le changement de rĂ©gime… en Europe. L’article explique que le dĂ©partement d’État des États-Unis prĂ©voit d’accorder des financements Ă  des think-tanks et associations en Europe alignĂ©s avec le mouvement politique MAGA afin de promouvoir ce qu’il considère comme les « valeurs amĂ©ricaines » et de combattre les supposĂ©es menaces Ă  la libertĂ© d’expression liĂ©es aux lois europĂ©ennes sur la rĂ©gulation du contenu en ligne.  

Ces subventions, liĂ©es aux cĂ©lĂ©brations du 250ᵉ anniversaire de l’indĂ©pendance amĂ©ricaine, ciblent potentiellement des initiatives Ă  Londres, Paris, Berlin et Bruxelles. L’initiative, conduite par Sarah Rogers Sous-secrĂ©taire Ă  la diplomatie, suscite des inquiĂ©tudes chez certains alliĂ©s occidentaux, qui y voient une ingĂ©rence politique Ă©trangère et une tentative d’influencer les dĂ©bats publics europĂ©ens. 

Le travail diplomatique de division des Etats membres est dĂ©jĂ  bien engagĂ©, comme l’expliquait cette analyse du Grand Continent Ă  propos de l’Italie,  en Ă©voquant l’existence d’une version non publiĂ©e de la StratĂ©gie nationale de sĂ©curitĂ© (SSN) amĂ©ricaine Ă©laborĂ©e sous l’administration Trump. Elle pousserait Ă  redĂ©finir le rĂ´le des États-Unis en Europe en ciblant la vassalisation du Vieux Continent.

Dans cette version, Washington envisagerait de soutenir des partis et gouvernements proches de l’idĂ©ologie MAGA en Autriche, Hongrie, Italie et Pologne pour les Ă©loigner de l’Union europĂ©enne, et jusqu’à encourager des sorties de l’UE. Il propose aussi de crĂ©er un nouveau format international (C5) excluant l’Europe, et de rapprocher Washington de Moscou, tout en minimisant le rĂ´le de l’Europe dans la sĂ©curitĂ© mondiale. 

Cette stratĂ©gie bĂ©nĂ©ficie en outre d’alliances objectives, comme celle du Chancelier allemand, dont F. Escalona pour MĂ©diapart analyse les ambiguĂŻtĂ©s coupables. Souvent comparĂ© Ă  un « de Gaulle allemand », F. Merz adopte en rĂ©alitĂ© une ligne plus prudente que E. Macron sur l’autonomie stratĂ©gique europĂ©enne, jugeant la rupture avec Washington irrĂ©aliste Ă  court terme. Très dĂ©pendante des États-Unis sur les plans militaire et commercial, l’Allemagne privilĂ©gie une gestion pragmatique du lien transatlantique. F. Merz cherche des marges d’autonomie tout en resserrant une coopĂ©ration intergouvernementale avec des partenaires clĂ©s, notamment l’Italie de G.Meloni, au risque de fragiliser l’unitĂ© europĂ©enne et d’alimenter des tensions internes. 

Tout cela est issu d’une stratĂ©gie articulĂ©e et pensĂ©e par The Heritage Foundation, think tank conservateur amĂ©ricain Ă  l’origine du Projet 2025, comme l’expliquait Politico. La fondation multiplie les rencontres avec des eurodĂ©putĂ©s et des partis nationalistes d’extrĂŞme droite, cherchant Ă  exporter son modèle idĂ©ologique auprès d’alliĂ©s en France, Allemagne, Hongrie et ailleurs. Et elle peut s’appuyer sur le texte de la â€śGrande rĂ©initialisation” de deux fondations hongroise et polonaise de droite radicale et trumpiste â€“ dont le Grand Continent avait livrĂ© une version traduite et commentĂ©e Ă  sa sortie en 2025. 

L’ingĂ©rence dans les Ă©lections et mĂŞme les processus judiciaires, comme celui du RN (ES 12/1/26), est revendiquĂ©e. Une enquĂŞte l’annĂ©e dernière des mĂ©dias francophones publics l’avait dĂ©jĂ  soulignĂ© : Elon Musk, propriĂ©taire de X, a permis Ă  des voix d’extrĂŞme droite europĂ©enne de gagner en visibilitĂ© sur sa plateforme en rĂ©duisant la modĂ©ration de contenu et en laissant son algorithme favoriser certaines publications. Cette dynamique aurait accentuĂ© la diffusion de messages radicaux et polarisants dans plusieurs pays europĂ©ens, renforçant l’influence de groupes et figures d’extrĂŞme droite sur le dĂ©bat public. En outre Musk n’a pas agi seulement pour des motifs commerciaux, mais aussi par affinitĂ©s idĂ©ologiques ou par une approche « libertarienne » du « libre discours ».

Pour autant, lors de l’élection prĂ©sidentielle portugaise de 2026, le candidat AntĂłnio JosĂ© Seguro, modĂ©rĂ© et socialiste, a remportĂ© une large victoire au second tour, obtenant environ deux-tiers des voix contre le populiste de droite AndrĂ© Ventura du parti Chega – qui avait dĂ©jĂ  jouĂ© un rĂ´le clĂ© lors de la dernière lĂ©gislative (ES 17/3/24). Le large score d’A. Seguro, avec environ 67% des voix face au leader d’extrĂŞme droite, s’explique par le ralliement d’une grande partie de la droite modĂ©rĂ©e et du centre.

Cette droite modĂ©rĂ©e se montre soucieuse de barrer la route Ă  Chega, malgrĂ© la progression spectaculaire d’A. Ventura qui confirme son parti comme principale force de la droite radicale. Cette victoire confirme cependant le rejet par les Ă©lecteurs d’un virage vers l’extrĂŞme droite, malgrĂ© un score record pour A. Ventura, qui capte plus d’un tiers des suffrages.

Le Guardian souligne que le scrutin a Ă©tĂ© marquĂ© par un frontal face-Ă -face entre dĂ©mocratie modĂ©rĂ©e et populisme, et par une forte mobilisation contre les idĂ©es radicales. La transition politique consolide le rĂ´le de A. Seguro comme nouveau chef de l’État portugais, Ă©lu au suffrage universel direct. Mais la polarisation reste la phase finale, car elle signifie paralysie et blocage dĂ©mocratique.

La situation en RĂ©publique tchèque ne l’illustre que trop bien : Les dernières Ă©lections lĂ©gislatives ont vu la victoire de l’extrĂŞme-droite et le retour de A. Babis comme Premier minister (ES 20/10/25) malgrĂ© un president de la RĂ©publique centrist Ă©lu au suffrage universel direct en 2023. Le Monde rapporte que près de 100 000 personnes ont manifestĂ© Ă  Prague dĂ©but fĂ©vrier pour soutenir le prĂ©sident Petr Pavel, pro-europĂ©en, face au nouveau gouvernement dominĂ© par le milliardaire eurosceptique A. Babiš et ses partenaires d’extrĂŞme droite, au pouvoir depuis dĂ©cembre 2025. Ces mobilisations massives signalent une tension croissante entre pro-europĂ©ens et forces populistes, alors que le gouvernement tente d’imposer des orientations politiques contraires Ă  l’agenda europĂ©en. Les manifestations rĂ©vèlent une sociĂ©tĂ© divisĂ©e autour de l’avenir europĂ©en du pays et des politiques internes, marquant une cohabitation de plus en plus conflictuelle entre institutions et mouvements sociaux. 

Le Monde le note: Bruxelles est devenue le centre d’organisation pour une Â« internationale rĂ©actionnaire Â» rassemblant des intellectuels, politiciens d’extrĂŞme droite et think-tanks illibĂ©raux europĂ©ens et amĂ©ricains. Cette plateforme exploite l’Union europĂ©enne comme terrain d’influence tout en la critiquant, bĂ©nĂ©ficiant du soutien financier de fondations proches du mouvement MAGA et de l’administration amĂ©ricaine. Des Ă©vĂ©nements tels que la confĂ©rence « La bataille pour l’âme de l’Europe » ont rĂ©uni figures d’extrĂŞme droite d’Europe et des États-Unis pour promouvoir une vision conservatrice et identitaire du continent.

Cette stratégie vise à changer l’Europe de l’intérieur plutôt que de la rejeter de l’extérieur, en diffusant des idées réactionnaires au cœur des institutions européennes. La démocratie, l’Etat de droit et une certaine idée de l’Europe sont les prochains champs de la bataille culturelle, contre Trump et Poutine.