RECHERCHE PROFONDE

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3 February 2025 Off By EG

Certains, comme l’analyste Asma Mhalla y ont vu une “claque pour l’Europe”. D’autres ont plutĂ´t cĂ©lĂ©brĂ© l’excellente nouvelle qui confirme que l’Europe, et mĂŞme la France, a encore une carte Ă  jouer dans la bataille technologique de l’IA. Il est Ă©videmment un peu tĂ´t pour trancher, mais une chose est sĂ»re: la Chine vient de frapper un grand coup au point qu’on a parlĂ© de â€śmoment Sputnik”, rĂ©fĂ©rence historique de la guerre froide.

Le jour de l’investiture de Donald Trump, le 20 janvier 2025, une petite start-up chinoise a bouleversĂ© le monde de l’intelligence artificielle en prĂ©sentant le modèle R1 DeepSeek, le “chat GPT” chinois. MalgrĂ© des performances semblables Ă  ChatGPT, son dĂ©veloppement et ses caractĂ©ristiques ont Ă©branlĂ© les gĂ©ants amĂ©ricains de l’IA et le projet Stargate annoncĂ© par Donald Trump.

Les points majeurs qui diffĂ©rencient cette IA sont sont coĂ»t de dĂ©veloppement très bas en comparaison avec OpenAI, DeepSeek avait dĂ©clarĂ© n’avoir dĂ©pensĂ© que 5,6 millions dans son dĂ©veloppement et un modèle open source contrastant avec les codes opaques amĂ©ricains.

Construite avec des puces moins puissantes que ces concurrents amĂ©ricain, notamment dĂ» aux restrictions imposĂ©es par les USA concernant l’importation de puces de Taiwan sur le marchĂ© chinois. Cela rend DeepSeek moins Ă©nergivore que ses homologues ce qui c’est rĂ©percutĂ© sur le producteur de puce Nvidia. En plus de se placer au sommet des applications sur l’App Store, DeepSeek a initiĂ© la guerre des prix sur le marchĂ© de l’IA en proposant une application gratuite pour le modèle R1.

La riposte des AmĂ©ricains ne s’est pas fait attendre, ils accusent DeepSeek d’avoir siphonnĂ© les connaissances de ChatGPT par distillation lors de l’entraĂ®nement de l’IA. Bien qu’il n’y ait pas de donnĂ©es sur son entraĂ®nement ni de preuves soutenant cette accusation, une enquĂŞte serait en cours.

Le “moment Sputnik” de l’IA chinoise n’est pas fortuit. Alors que le monde s’interroge sur les nouveaux Ă©quilibres gĂ©nĂ©rĂ©s par l’attitude belliqueuse de l’administration Trump et ses choix radicaux de suspendre l’aide au dĂ©veloppement, par exemple ou d’appliquer des tarifs douaniers agressifs y compris Ă  ses alliĂ©s, la Chine apparaĂ®t clairement comme un modèle alternatif. Capable de performances comparables aux États-Unis et de les concurrencer en influence mondiale.

Ainsi PĂ©kin a renforcĂ© encore son influence dans les Balkans et le sud de l’Europe dans le cadre des nouvelles routes de la soie par des investissements dans des infrastructures stratĂ©giques (port de PirĂ©e, complexe minier de Bor). DeepSeek pourrait devenir un autre atout pour charmer ces territoires avec des alternatives peu coĂ»teuse tout en Ă©tendant son influence technologique et ses points d’entrĂ©e dans l’UE.

Dans l’UE, DeepSeek se retrouve dĂ©jĂ  dans sous pression en raison de la protection des donnĂ©es personnelles. En Italie, par exemple l’application a Ă©tĂ© interdite pour manque de transparence concernant la collecte des donnĂ©es personnelles. Un mouvement qui interroge Ă©tant donnĂ© la proximitĂ© affichĂ©e entre le gouvernement italien et la nouvelle administration amĂ©ricaine (cf. EIH 13/1/25). L’autoritĂ© italienne de protection des donnĂ©es (Garante) a jugĂ© insuffisantes les informations fournies par la sociĂ©tĂ© chinoise.

En France, la CNIL analyse actuellement l’IA sur la collecte des donnĂ©es dans le cadre de la RGPD. C’est la limite du modèle… DeepSeek est Ă©videmment critiquĂ© pour sa censure et ses biais idĂ©ologiques sur certaines questions relatives au rĂ©gime chinois ou la situation Ă  TaĂŻwan. Quand on lui pose une question sur la place Tiananmen Ă  PĂ©kin, le 4 juin 1989, l’IA botte en touche avec cette rĂ©ponse : « Je suis un assistant d’intelligence artificielle (IA) conçu pour apporter des rĂ©ponses utiles et inoffensives ».

Il reste de la marge pour les Européens.