Chercheurs d’eau-r

Chercheurs d’eau-r

23 June 2025 Off By EG

Alors que l’Europe est accablĂ©e de chaleurs, par des tempĂ©ratures largement supĂ©rieures aux moyennes saisonnières, et que la cible haute (1,5°) fixĂ©e par les accords de Paris de 2015 est dĂ©sormais scientifiquement inatteignable, la question de l’eau et de ses usages est devenue centrale pour l’UE. Dans un rapport rĂ©cent, l’Agence europĂ©enne pour l’environnement (EEA)  alerte sur la fragilitĂ© des ressources en eau de l’UE : seulement 37 % des eaux de surface atteignent un bon Ă©tat Ă©cologique et 29 % un bon statut chimique en 2021, loin des objectifs fixĂ©s pour 2015.  Les deux-tiers des eaux europĂ©ennes sont en très mauvais Ă©tat. 

 Comme le rappelle cette analyse du Guardian, les principaux facteurs de dĂ©gradation sont la pollution agricole (nutriments, pesticides) et industrielle (mercure, retardateurs de flamme), renforcĂ©s par les effets du changement climatique qui accentuent sĂ©cheresses, inondations et stress hydrique. 

Pour renforcer la rĂ©silience, le rapport de l’EEA recommande de rĂ©duire les prĂ©lèvements, amĂ©liorer l’efficacitĂ© (rĂ©duction des fuites, dispositifs Ă©conomes, tarification incitative), intensifier le rĂ©emploi d’eaux usĂ©es et les solutions fondĂ©es sur la nature (rĂ©tention naturelle, restauration des zones humides) – des dispositifs pour la plupart dĂ©jĂ  envisagĂ©s par la lĂ©gislation europĂ©enne (EIH 1/5/23) – et d’autre part une “autre approche de l’eau” mise en avant par la Commission. 

Le rapport met aussi en avant la nĂ©cessitĂ© de moderniser les infrastructures hydrauliques, numĂ©riser la gestion et renforcer le suivi des donnĂ©es de qualitĂ© et de quantitĂ© d’eau. L’EEA souligne aussi l’importance d’une gouvernance intĂ©grĂ©e, impliquant États, collectivitĂ©s, secteurs agricoles et industriels, pour une gestion Ă©quitable et durable de l’eau. Cette approche est cruciale pour que l’UE atteigne une rĂ©silience hydrique face au dĂ©fi climatique croissant, protège la biodiversitĂ©, sĂ©curise les usages et prĂ©serve la santĂ© publique. 

Il y a cependant fort à craindre que les nouvelles majorités au Conseil et surtout au Parlement européen n’aient aucune difficulté à faire reculer la Commission européenne sur ses engagements pour des politiques environnementales ambitieuses. L’atmosphère anti-écologique ne se limite pas au Parlement français (où l’on vote en dépit du bon sens pour arrêter les énergies renouvelables). La Commission a ainsi retiré le 20 juin unilatéralement le projet de directive anti-greenwashing, qui datait de 2023 et devait bientôt entrer en négociations finales.

L’agriculture europĂ©enne figure parmi les principaux concernĂ©s par les usages de l’eau (cf. ce rapport de 2022 par un think tank europĂ©en sur le sujet). Un tiers de l’eau utilisĂ©e en Europe est destinĂ© au secteur agricole. Ses usages affectent la quantitĂ© mais Ă©galement la qualitĂ© de l’eau disponible pour d’autres utilisations. Dans certaines parties d’Europe, la pollution engendrĂ©e par les pesticides et engrais utilisĂ©s pour l’agriculture, demeure l’une des causes majeures de la pauvre qualitĂ© de l’eau.  

Outre l’épuisement des sols, la sĂ©cheresse et la perturbation du rĂ©gime hydrique ont dĂ©jĂ  des rĂ©percussions sur les rendements agricoles, comme le fait remarquer une Ă©tude rĂ©cente qui estime cet impact Ă  10% sur les rendements.  

Les agriculteurs de France orientale et Europe centrale (Allemagne, Pologne, République tchèque) s’inquiètent d’une sécheresse printanière marquée, la plus sévère depuis 1931. Les faibles précipitations – seulement 40 mm entre février et mi-avril, soit 32 % de la normale – menacent les semis de blé, orge et colza, poussant à irriguer plus tôt et soulignant l’urgence d’adaptations face au changement climatique.

PlutĂ´t que sur les orientations et l’adaptation aux nouvelles conditions climatiques, le dĂ©bat sur l’agriculture europĂ©enne va se jouer sur les moyens budgĂ©taires. D’après le site Contexte, vingt ministres de l’agriculture s’inquiètent des rĂ©ductions probables du budget de la PAC, dans la prochaine mouture du Cadre Financier Pluriannuel (2028-2034).  

Dans l’exercice en cours (2021-2027), la politique agricole représente environ un tiers du budget, mais des financements sont nécessaires pour de nouvelles priorités, dont la défense et la relance de la compétitivité.