Défendre l’Europe

Défendre l’Europe

17 February 2025 Off By EG

Le rythme des trumpitudes muskiennes est infernal, au point qu’il faut y lire évidemment une stratégie de déstabilisation totalement délibérée. Une « hypnocratie » selon cette stimulante analyse, qui voit dans la controverse elle-même une forme de gouvernance par la gestion algorithmique des perceptions. Les Européens cherchent leur équilibre dans cet environnement de plus en plus hostile, et les signaux envoyés par l’administration américaine indiquent clairement qu’une défense européenne n’est plus une option – sous peine de vassalisation totale comme s’y attend la Russie (une tendance déjà accélérée depuis la guerre en Ukraine). 

Pendant que le conflit en Ukraine est à un point de bascule, l’UE se divise sur son paradigme de soutien inconditionnel à l’Ukraine en laissant émerger des voix favorisant des négociations avec Vladimir Poutine. Pris entre le marteau et l’enclume, les Européens cherchent à établir un plan stratégique de défense dans un contexte de réveil tardif et de vulnérabilité

Celle-ci s’expliquent par un manque d’investissement dans les infrastructures. En effet, les routes et ponts pour acheminer de l’armement lourd qui impactent la mobilité militaire. Les câbles sous-marins et pipelines sont vulnérables (10 incidents depuis 2022 en plus de la destruction par explosif de Nord Stream 2). Ce manque de centralisation et d’efficacité de la défense européenne fait qu’il est difficile de déterminer qui fait quoi entre institutions et agences européennes. Une répartition inégale des investissements délaisse une partie du sud de l’Europe.

Les points de vulnérabilité sont encore plus appuyés avec le numérique. Le réseau 5G ouvre de nouveaux points d’entrée dans un contexte de guerre hybride.

Embouchant les trompettes trumpiennes, le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, estime que les pays européens doivent dépenser beaucoup plus et de façon plus équitable. L’UE tente d’accélérer son action de la défense.

La Pologne cherche un consensus avec la France sur le programme européen pour l’industrie de la défense (EDIP). Tandis que la France propose d’utiliser le fonds de défense afin d’insister sur l’industrie de la défense et pour renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe, la Pologne et la plupart des autres États membres de l’UE veulent équilibrer ce programme en augmentant le nombre d’achats à l’étranger. 

La Pologne, qui est le seul pays de l’OTAN à partager une frontière avec la Russie et l’Ukraine, a annoncé le lundi 10 février un plan inédit de 155 milliards d’euros pour 2025 pour renforcer sa défense et relancer sa croissance. Ce nouveau chef de file semble encourager une prise de conscience collective suivie de faits.

La reconversion en Allemagne d’une usine de matériel ferroviaire en usine de chars militaires par le groupe KNDS est à relever. Cette usine était considérée comme pas assez rentable, « Nous avons accompagné cette transition de près, car nous voulons que notre armée soit en mesure de défendre l’Allemagne et notre alliance contre toutes les menaces à l’avenir« , avait souligné Olaf Scholz.

La brigade franco-allemande créée en 1989, composée de 5 400 soldats, franchit une nouvelle étape par sa mise à disposition de l’OTAN. Elle est destinée à être un laboratoire pour harmoniser les procédures, les conditions d’exécution du service et de vie des unités, favoriser le rapprochement des hommes et accroître la standardisation des matériels.

Le projet d’une paix négociée uniquement entre Washington et Moscou, et les déclarations de JD Vance à la conférence de Munich ont accéléré la prise de conscience de l’urgence. A l’invitation de la France, les principaux pays européens, y compris le Royaume-Uni sont d’ailleurs conviés à une réunion de travail urgente sur l’Ukraine ce lundi 17 février 2025 à Paris.