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C’était dans le FT: le mouvement MAGA a dĂ©cidĂ© d’investir dans le changement de rĂ©gime… en Europe. L’article explique que le dĂ©partement d’État des États-Unis prĂ©voit d’accorder des financements Ă des think-tanks et associations en Europe alignĂ©s avec le mouvement politique MAGA afin de promouvoir ce qu’il considère comme les « valeurs amĂ©ricaines » et de combattre les supposĂ©es menaces Ă la libertĂ© d’expression liĂ©es aux lois europĂ©ennes sur la rĂ©gulation du contenu en ligne.
Ces subventions, liées aux célébrations du 250ᵉ anniversaire de l’indépendance américaine, ciblent potentiellement des initiatives à Londres, Paris, Berlin et Bruxelles. L’initiative, conduite par Sarah Rogers Sous-secrétaire à la diplomatie, suscite des inquiétudes chez certains alliés occidentaux, qui y voient une ingérence politique étrangère et une tentative d’influencer les débats publics européens.
Le travail diplomatique de division des Etats membres est déjà bien engagé, comme l’expliquait cette analyse du Grand Continent à propos de l’Italie, en évoquant l’existence d’une version non publiée de la Stratégie nationale de sécurité (SSN) américaine élaborée sous l’administration Trump. Elle pousserait à redéfinir le rôle des États-Unis en Europe en ciblant la vassalisation du Vieux Continent.
Dans cette version, Washington envisagerait de soutenir des partis et gouvernements proches de l’idéologie MAGA en Autriche, Hongrie, Italie et Pologne pour les éloigner de l’Union européenne, et jusqu’à encourager des sorties de l’UE. Il propose aussi de créer un nouveau format international (C5) excluant l’Europe, et de rapprocher Washington de Moscou, tout en minimisant le rôle de l’Europe dans la sécurité mondiale.
Cette stratégie bénéficie en outre d’alliances objectives, comme celle du Chancelier allemand, dont F. Escalona pour Médiapart analyse les ambiguïtés coupables. Souvent comparé à un « de Gaulle allemand », F. Merz adopte en réalité une ligne plus prudente que E. Macron sur l’autonomie stratégique européenne, jugeant la rupture avec Washington irréaliste à court terme. Très dépendante des États-Unis sur les plans militaire et commercial, l’Allemagne privilégie une gestion pragmatique du lien transatlantique. F. Merz cherche des marges d’autonomie tout en resserrant une coopération intergouvernementale avec des partenaires clés, notamment l’Italie de G.Meloni, au risque de fragiliser l’unité européenne et d’alimenter des tensions internes.
Tout cela est issu d’une stratégie articulée et pensée par The Heritage Foundation, think tank conservateur américain à l’origine du Projet 2025, comme l’expliquait Politico. La fondation multiplie les rencontres avec des eurodéputés et des partis nationalistes d’extrême droite, cherchant à exporter son modèle idéologique auprès d’alliés en France, Allemagne, Hongrie et ailleurs. Et elle peut s’appuyer sur le texte de la “Grande réinitialisation” de deux fondations hongroise et polonaise de droite radicale et trumpiste – dont le Grand Continent avait livré une version traduite et commentée à sa sortie en 2025.
L’ingérence dans les élections et même les processus judiciaires, comme celui du RN (ES 12/1/26), est revendiquée. Une enquête l’année dernière des médias francophones publics l’avait déjà souligné : Elon Musk, propriétaire de X, a permis à des voix d’extrême droite européenne de gagner en visibilité sur sa plateforme en réduisant la modération de contenu et en laissant son algorithme favoriser certaines publications. Cette dynamique aurait accentué la diffusion de messages radicaux et polarisants dans plusieurs pays européens, renforçant l’influence de groupes et figures d’extrême droite sur le débat public. En outre Musk n’a pas agi seulement pour des motifs commerciaux, mais aussi par affinités idéologiques ou par une approche « libertarienne » du « libre discours ».
Pour autant, lors de l’élection présidentielle portugaise de 2026, le candidat António José Seguro, modéré et socialiste, a remporté une large victoire au second tour, obtenant environ deux-tiers des voix contre le populiste de droite André Ventura du parti Chega – qui avait déjà joué un rôle clé lors de la dernière législative (ES 17/3/24). Le large score d’A. Seguro, avec environ 67% des voix face au leader d’extrême droite, s’explique par le ralliement d’une grande partie de la droite modérée et du centre.
Cette droite modérée se montre soucieuse de barrer la route à Chega, malgré la progression spectaculaire d’A. Ventura qui confirme son parti comme principale force de la droite radicale. Cette victoire confirme cependant le rejet par les électeurs d’un virage vers l’extrême droite, malgré un score record pour A. Ventura, qui capte plus d’un tiers des suffrages.
Le Guardian souligne que le scrutin a été marqué par un frontal face-à -face entre démocratie modérée et populisme, et par une forte mobilisation contre les idées radicales. La transition politique consolide le rôle de A. Seguro comme nouveau chef de l’État portugais, élu au suffrage universel direct. Mais la polarisation reste la phase finale, car elle signifie paralysie et blocage démocratique.
La situation en République tchèque ne l’illustre que trop bien : Les dernières élections législatives ont vu la victoire de l’extrême-droite et le retour de A. Babis comme Premier minister (ES 20/10/25) malgré un president de la République centrist élu au suffrage universel direct en 2023. Le Monde rapporte que près de 100 000 personnes ont manifesté à Prague début février pour soutenir le président Petr Pavel, pro-européen, face au nouveau gouvernement dominé par le milliardaire eurosceptique A. Babiš et ses partenaires d’extrême droite, au pouvoir depuis décembre 2025. Ces mobilisations massives signalent une tension croissante entre pro-européens et forces populistes, alors que le gouvernement tente d’imposer des orientations politiques contraires à l’agenda européen. Les manifestations révèlent une société divisée autour de l’avenir européen du pays et des politiques internes, marquant une cohabitation de plus en plus conflictuelle entre institutions et mouvements sociaux.
Le Monde le note: Bruxelles est devenue le centre d’organisation pour une « internationale réactionnaire » rassemblant des intellectuels, politiciens d’extrême droite et think-tanks illibéraux européens et américains. Cette plateforme exploite l’Union européenne comme terrain d’influence tout en la critiquant, bénéficiant du soutien financier de fondations proches du mouvement MAGA et de l’administration américaine. Des événements tels que la conférence « La bataille pour l’âme de l’Europe » ont réuni figures d’extrême droite d’Europe et des États-Unis pour promouvoir une vision conservatrice et identitaire du continent.
Cette stratégie vise à changer l’Europe de l’intérieur plutôt que de la rejeter de l’extérieur, en diffusant des idées réactionnaires au cœur des institutions européennes. La démocratie, l’Etat de droit et une certaine idée de l’Europe sont les prochains champs de la bataille culturelle, contre Trump et Poutine.
