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Le 26 mars 2026, le Parlement européen a approuvé l’accord commercial de Turnberry, conclu à l’été 2025 sur le golf écossais de Donald Trump, (417 voix pour, 154 contre et 71 abstentions). Une majorité confortable, mais acquise dans un climat de résignation plus que de conviction (ES 15/9/25 et bis).
Avant même le vote, des députés de tous bords avaient pourtant exprimé leurs réserves : les socialistes avaient menacé de se retirer si leurs conditions n’étaient pas intégrées au texte final ; les Verts se sont divisés entre la nécessité pragmatique pour stabiliser l’économie et un refus de principe ; à l’extrême-droite, les “Patriotes pour l’Europe” avaient dénoncé ce qu’ils ont qualifié de « marché humiliant » consenti par Ursula von der Leyen pour maintenir le soutien américain à l’Ukraine – préférant attaquer la Commission pour voiler leurs sympathies trumpiennes.
Pour rappel, l’accord prévoit la suppression des droits de douane européens sur des centaines de produits industriels et agricoles américains, en échange d’un taux forfaitaire de 15 % appliqué aux exports européens.
Une asymétrie bien réelle donc ; le négociateur Bernd Lange (DE-S&D) a qualifié l’accord de « déséquilibré » ,tout en appelant les députés à voter pour, car « quand quelqu’un vous tient en étau, il vaut mieux ravaler votre fierté ». Depuis la signature de l’accord, le Parlement avait accumulé les reports face aux menaces de D. Trump sur le Groenland, à l’invalidation des droits de douane par la Cour suprême en février fragilisant ainsi la base légale de l’accord lui-même, et enfin au régime provisoire de 150 jours, qui court jusqu’en juillet 2026, sans que l’on sache ce qui lui succédera.
Sous pression de l’administration Trump, les Européens se trouvent effectivement piégés. Les Etats-Unis sont essentiels pour le soutien militaire à l’Ukraine et ils ont remplacé la Russie comme source principale d’approvisionnement énergétique. L’ambassadeur américain à Bruxelles, Andrew Puzder avait par ailleurs enjoint les Européens à ratifier l’accord, sous peine de perdre leur accès privilégié au GNL étatsunien.
Néanmoins, les députés européens ont voulu inscrire un triple garde-fou par leur vote sur le texte. Une clause de caducité limitant la suspension des droits de douane jusqu’en mars 2028, assortie d’une obligation de réévaluation et de nouvelle proposition législative pour tout renouvellement. Une clause de suspension réversible si Washington recourt à des pressions économiques ou menace l’intégrité territoriale de l’UE. Un mécanisme de sauvegarde permettant à la Commission d’intervenir si les importations américaines progressaient de plus de 10 % par an.
Les négociations interinstitutionnelles avec le Conseil se sont ouvertes le 13 avril. Les États membres avaient, de leur côté, validé l’accord de Turnberry sans conditions, estimant qu’il valait mieux pour l’économie européenne cette punition de 15% que pas d’accord du tout.
Le compromis final devra être approuvé par les deux institutions. L’Allemagne, l’Irlande et la Commission cherchent à aller vite pour ménager la Maison Blanche – et leurs intérêts industriels, pour Berlin, et technologiques pour Dublin. La France, isolée, préfèrerait attendre l’offre américaine de juillet prochain.
Le député Brando Benifei (IT-S&D) a prévenu que si les garanties du Parlement étaient érodées en cours de négociation, « nous ne voterions pas le texte final. »
