Baltic strategic
C’est devenu une exception, mais les Pays-Bas (ES 3/11/25) ou la Suède devraient nous le rappeler : les partis pro-européens, centristes et pro-ukrainiens peuvent encore remporter des élections. En Lettonie, la Liste unie, le parti du Premier ministre Andris Kulbergs, a remporté les élections du 2 octobre dernier. Les sondages prévoyaient un vote à haute-tension, mais pas une telle avance pour le sortant (35 %, 42 sièges sur 100).
C’est la plus grande victoire jamais enregistrĂ©e par un seul parti en Lettonie depuis que le pays a retrouvĂ© son indĂ©pendance en 1991.
A. Kulbergs dispose désormais de plusieurs options pour former une coalition. Il n’aura notamment pas besoin du soutien des partis populistes « Lettonie d’abord » (LPV) et « Pouvoir souverain – Nouveaux Lettons », dont la complaisance envers la Russie a incité les électeurs à se rallier au PM sortant. Ces deux partis populistes rassemblent néanmoins 13 % et 11,7 % des voix, soit un total combiné de 32 sièges au parlement.
Devenu Premier ministre en mai après la chute du gouvernement précédent, Andris Kulbergs a placé la sécurité nationale, le renforcement des capacités militaires et le maintien du soutien à l’Ukraine au cœur de sa campagne. Le scrutin révèle également des préoccupations économiques et sociales persistantes, notamment concernant le coût de la vie, les bas salaires et les difficultés du système de santé. La progression des formations populistes souligne enfin les fractures politiques du pays et les divisions autour de la Russie et de la minorité russophone.
Pendant la campagne électorale, A. Kulbergs a exclu toute alliance avec « Sovereign Power – New Latvians », les accusant de constituer une menace pour la sécurité et la démocratie. Comme le note Le Monde, la guerre en Ukraine et les menaces russes ont dominé les élections législatives. Situé sur le flanc oriental de l’OTAN, à la frontière de la Russie et du Belarus, le pays redoute une extension du conflit, notamment après des incursions de drones et des soupçons d’opérations hybrides russes.
Riga est l’un des partenaires les plus fidèles de l’Ukraine, s’étant engagée à consacrer 5 % de son PIB à la défense au détriment d’autres besoins budgétaires.
Les Lettons peuvent se plaindre des prix élevés et des bas salaires, d’une économie atone et d’un système de santé sous pression. L’émigration et le vieillissement de la population constituent également un contexte de fond. Cette situation difficile a été exploitée par les partis populistes, qui ont fait valoir que la rupture avec la Russie était préjudiciable à la Lettonie.
Cependant, les électeurs sont préoccupés par la menace que représente la Russie pour leur sécurité, et aucun des partis n’a proposé de s’écarter de manière significative de l’alignement de la Lettonie sur l’UE et l’OTAN. Quatre avions de combat allemands Eurofighter ont été déployés pour protéger l’espace aérien letton pendant les élections, en réponse à une demande de Riga.
Dans un numéro spécial de la Revue de Défense nationale, un cahier sur “La Baltique face aux risques de tempêtes”, publié par EuroDéfense-France en 2026, analyse la place devenue centrale de la région baltique dans la sécurité européenne. On y notera des contributions utiles pour la réflexion sur l’espace stratégique balte et le rôle de ces petits pays dans la sécurité collective européenne.
L’agression russe contre l’Ukraine, les ambitions impérialistes de Moscou et les menaces hybrides — cyberattaques, désinformation, sabotages de câbles et de pipelines sous-marins — fragilisent cet espace stratégique. L’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’Otan renforce la coopération régionale, tandis que la Pologne et les États baltes accroissent leurs dépenses militaires.
Cependant, la dépendance aux équipements américains, les insuffisances industrielles européennes et les divergences nationales persistent. Les auteurs défendent une approche globale associant forces terrestres, navales, aériennes et cyber, autorités civiles et sociétés.
La Baltique devient ainsi un laboratoire de la défense européenne. La complémentarité entre l’Union européenne et l’Otan doit permettre de consolider la résilience collective, de protéger les infrastructures critiques.
Elle doit aussi permettre de réduire la vulnérabilité stratégique du continent face à une Russie durablement menaçante.
