Slava Ukraina

Slava Ukraina

7 September 2026 Off By Edouard Gaudot

Alors que l’Ukraine se prĂ©pare, sous un regain de bombes russes, et une des attaques les plus meurtrières depuis 2022, Ă  un cinquième hiver de guerre, les initiatives diplomatiques se succèdent – en particulier depuis Washington. Après ses dĂ©boires en Alaska l’annĂ©e dernière (ES 29/9/25), D. Trump semble en effet relancer un effort de paix en Ukraine en envoyant ses Ă©missaires Steve Witkoff et Jared Kushner Ă  Moscou puis Ă  Kiev, avec une “proposition concrète” dont le contenu reste secret, explique Reuters.

Washington espère créer une nouvelle dynamique diplomatique, mais les positions restent très éloignées : Moscou continue notamment d’exiger des concessions territoriales ukrainiennes et l’abandon de l’objectif d’adhésion à l’OTAN, ce que rejette Kiev.

Malgré la communication du Kremlin, qui juge « bénéfiques » les contacts établis par les émissaires américains, les services occidentaux doutent toujours de la volonté de V. Poutine de conclure rapidement un accord.

L’intensification récente des frappes russes -et la promesse d’accord- soulignent évidemment la fragilité de cette nouvelle initiative. Sur le terrain, les choses ont peu évolué, malgré quelques avancées ukrainiennes. Le toujours pertinent ISW dans un rapport du 5 septembre 2026 souligne l’absence d’avancée militaire significative, alors que les efforts diplomatiques américains s’intensifient.

Moscou et Kiev ont accepté une trêve limitée de trois jours sur les frappes à longue portée visant leurs capitales, afin de faciliter la mission de S. Witkoff et J. Kushner. V. Poutine a toutefois rejeté une proposition ukrainienne de cessez-le-feu plus large sur le front. Sur le terrain, les forces russes poursuivent leurs offensives dans les secteurs de Soumy, Kharkiv, Koupiansk, Sloviansk, Kostyantynivka et Dobropillia, sans gains confirmés. L’ISW souligne également les efforts russes pour renforcer leur défense antiaérienne face aux frappes ukrainiennes. Moscou a lancé 167 drones et plusieurs missiles balistiques contre l’Ukraine dans la nuit. Enfin, l’ISW dénonce la diffusion de vidéos truquées destinées à exagérer les conquêtes russes, notamment autour de Sviatohirsk.

Néanmoins Kiev aurait reconquis un peu de terrain, nous rappellent les cartes du Grand Continent, et surtout, jamais la progression russe n’aura été si lente et faible : à peine 5 km², son rythme d’avancée le plus faible depuis octobre 2023. Malgré les limites des données de DeepState, les analystes constatent un essoufflement de l’offensive russe et une montée en puissance ukrainienne. Cette situation pourrait pousser V. Poutine à escalader, notamment par l’envoi massif de nouvelles troupes ou l’ouverture d’un axe vers Kiev et Tchernihiv.

Malgré la disproportion des forces en présence, Moscou ne parvient toujours pas à soumettre l’Ukraine. Après bientôt 5 années d’un conflit usant, désormais plus long que les grandes guerres mondiales du siècle dernier, l’affrontement stratégique s’est peu à peu déplacé dans les airs et sur les infrastructures non plus seulement ukrainiennes mais aussi russes.

Dans une interview au Guardian, le conseiller de V. Zelensky, Serhii Beskrestnov, estime que la guerre est entrée dans une impasse dangereuse : aucune des deux parties ne peut obtenir une victoire décisive. L’intensification des frappes à longue portée menace toujours davantage les civils et les infrastructures. Il redoute particulièrement l’hiver, avec le risque d’attaques russes massives contre le réseau énergétique ukrainien. Il recommande même d’envisager l’évacuation des personnes âgées de Kiev.

Une guerre d’usure asymétrique, selon Le Monde, qui note que la Russie reste militairement dominante dans les airs mais apparaît plus vulnérable. L’Ukraine multiplie les drones à longue portée, frappant raffineries, infrastructures et sites industriels russes, perturbant notamment l’approvisionnement en carburant.

Toutefois, Moscou conserve une supériorité écrasante en volumes de drones, missiles de croisière et surtout missiles balistiques, que Kiev peine à intercepter. La guerre aérienne est ainsi devenue une guerre d’usure : chaque camp cherche à dégrader l’économie, les capacités militaires et le moral de l’autre.

Malgré ses innovations technologiques, l’Ukraine souffre d’un déficit quantitatif et d’un manque de défense antiaérienne. La Russie, elle, doit désormais supporter les conséquences croissantes des frappes ukrainiennes sur son territoire. Selon le président russe lui-même, les frappes ukrainiennes menées pendant 40 jours contre les infrastructures énergétiques russes auraient causé des dégâts équivalant à environ 1 % du PIB russe.

Moscou minimise toutefois leur impact macroéconomique, tandis que Kiev cherche à affaiblir les capacités énergétiques et industrielles russes. Une note attribuée à la Sberbank, grande banque russe, envisage huit scénarios, classés du plus favorable au plus défavorable pour Moscou – Le Grand Continent en livre une traduction utile.

Selon cette note, le scénario le plus probable (32 %) reste un “Trump Deal” : gel du front, levée partielle des sanctions et non-adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Viendrait ensuite un gel informel à la coréenne (22 %), sans accord de paix. Une guerre prolongée est estimée à 15 %, tandis que l’épuisement occidental conduisant à une paix favorable à Moscou atteint 12 %.

 Une victoire militaire russe dĂ©cisive n’est Ă©valuĂ©e qu’à 7%. Une paix de compromis n’aurait que 5 % de chances, une victoire ukrainienne 2 %. Enfin, 5 % sont rĂ©servĂ©s aux “jokers” : escalade nuclĂ©aire, crise iranienne, effondrement politique ou percĂ©e technologique.

La conclusion est nette : Moscou dispose d’une fenêtre de négociation jusqu’à l’automne 2026, mais le temps pourrait progressivement jouer contre elle.

La clĂ© de la rĂ©sistance ukrainienne depuis 5 ans maintenant n’est pas seulement dans le sacrifice hĂ©roĂŻque de ses citoyens, et la qualitĂ© de son organisation militaire et stratĂ©gique – il est aussi dans la rĂ©silience de ses soutiens. C’est mĂŞme peut ĂŞtre lĂ  que rĂ©side la principale vulnĂ©rabilitĂ©, matĂ©rielle et morale, pour Kiev. Alors que s’ouvre pour de bon la campagne prĂ©sidentielle française, le soutien Ă  l’Ukraine s’est posĂ© comme un clivage, sinon un enjeu dans les dĂ©bats.

La concurrente la mieux placée à l’heure actuelle, Marine Le Pen, défend depuis longtemps une position très favorable à V. Poutine et propose même de “couper le robinet à l’Ukraine” en cas de victoire. En Pologne, pays qui a reçu le plus grand flux de réfugiés dès 2022, l’opinion est voie de se retourner, explique The Guardian.

Malgré l’hostilité générale à une Russie historiquement vécue comme un danger existentiel, on constate un retournement de l’opinion polonaise envers les Ukrainiens : après l’élan de solidarité de 2022, 52 % des Polonais s’opposent désormais à l’accueil de réfugiés ukrainiens.

Fatigue, concurrence économique, surtout agricole (ES 2/6/25), vieux contentieux historiques et propagande russe nourrissent tensions et violences.

Surtout, il semble que Varsovie ait mal anticipé l’émancipation des Ukrainiens : de réfugiés dépendants, ils sont devenus une communauté intégrée, économiquement active et politiquement autonome. Cette évolution exige de repenser la relation polono-ukrainienne, désormais fondée sur l’égalité plutôt que la compassion.

En outre, la pression militaire et politique russe s’intensifie sur les pays de l’OTAN. Comme le fait remarquer le site eurointelligence.com (28/8), “il n’y a rien de routinier dans le fait qu’un directeur de la CIA se rende en Russie”, en faisant référence à la visite de J. Ratcliff à Moscou, fin août, apparemment pour prévenir d’éventuelles attaques sur un pays de l’OTAN. dans l’intérêt de la Russie d’ouvrir un deuxième front.

Il est assez plausible qu’elle cherche à tester la cohésion de l’OTAN en poursuivant la guerre hybride. Toutefois, une invasion formelle d’un territoire de l’OTAN serait une aventure irresponsable.

Plutôt qu’une invasion hasardeuse, et dangereuse pour Moscou, le danger le plus important, pourrait bien, selon certains observateurs, être celui d’une escalade provoquée par les désaccords entre la Russie et les pays de l’OTAN, sur ce qui constitue un soutien européen légitime à l’Ukraine.

L’utilisation de drones britanniques pour mener des attaques ukrainiennes à l’intérieur du territoire russe relève de la zone grise qui sépare le soutien d’une participation directe au conflit.

Il semble surtout que le principal problème pour la Russie soit la décision du nouveau Premier ministre britannique, Andy Burnham, de fournir à l’Ukraine des informations classifiées qui lui permettraient de fabriquer des missiles de croisière Storm Shadow franco-britanniques. Mais il se pourrait aussi que ce genre de décision, capable de changer la donne stratégique en faveur de Kiev, prépare aussi le terrain pour une négociation plus sérieuse en vue d’une sortie du conflit.