Summer is coming

Summer is coming

11 May 2026 Off By Edouard Gaudot

Le changement climatique et la dĂ©gradation du vivant sont comme les white walkers de Game of thrones : insensibles Ă  nos petites querelles de prĂ©sĂ©ances, ils progressent inĂ©luctablement. Selon un rapport du service europĂ©en Copernicus  et de l’Organisation mĂ©tĂ©orologique mondiale, l’Europe est le continent qui se rĂ©chauffe le plus rapidement, avec une hausse des tempĂ©ratures environ deux fois supĂ©rieure Ă  la moyenne mondiale depuis les annĂ©es 1980.  

Ce phénomène s’explique notamment par la proximité de l’Arctique, la fonte des glaces et le fait que les terres se réchauffent plus vite que les océans. Les conséquences sont déjà visibles : canicules plus fréquentes, sécheresses, incendies, inondations et recul des glaciers. Les experts alertent sur l’urgence d’accélérer les politiques d’adaptation et de réduction des émissions pour limiter les impacts humains, économiques et environnementaux. La sortie des énergies fossiles devrait donc être une priorité absolue – que la situation à Ormuz a rendue encore plus sensible (ES 23/3/26).

Pour tenter de surmonter les blocages successifs des COP, a fortiori en l’absence des Etats-Unis, le sommet de Santa Marta, organisĂ© en Colombie et aux Pays-Bas, a rĂ©uni 57 pays pour reprendre cette trajectoire de dĂ©carbonation.

Carbonbrief en donne un résumé synthétique. Les participants ont convenu de développer des feuilles de route nationales alignées sur leurs engagements climatiques, afin de réduire progressivement charbon, pétrole et gaz. La réunion n’a pas produit d’accord contraignant, mais a permis d’afficher un front commun, de publier un ensemble de mesures concrètes et de lancer des groupes de travail sur le financement, les subventions et les feuilles de route nationales.

Le sommet a aussi lancĂ© un nouveau panel scientifique international chargĂ© d’accompagner les États dans leur transition Ă©nergĂ©tique. Les discussions ont portĂ© sur les subventions aux fossiles, le financement des pays du Sud et la justice sociale de la transition. Cette initiative, saluĂ©e comme une alternative plus pragmatique aux COP traditionnelles, se poursuivra lors d’un second sommet Ă  Tuvalu en 2027. 

Participant de ce sommet, l’expert Jules Jortenhorst livre une lecture originale de notre dilemme carbonĂ©: selon le CoprĂ©sident de la #Energy Transitions Commission, une coalition mondiale de dirigeants issus de tous les secteurs de l’Ă©nergie qui se sont engagĂ©s Ă  atteindre la neutralitĂ© carbone d’ici 2050, le chiffre souvent citĂ© de « 80 % d’énergie fossile » masque une rĂ©alitĂ© essentielle. Près de 60 % de l’énergie primaire mondiale est perdue, surtout sous forme de chaleur issue des combustibles fossiles. Le système actuel est donc inefficace, polluant et gĂ©opolitiquement vulnĂ©rable.

Selon un rapport de cette commission, l’électrification permettrait de rĂ©duire fortement cette dĂ©pendance : voitures Ă©lectriques, pompes Ă  chaleur, solaire et Ă©olien offrent des rendements bien supĂ©rieurs. Plusieurs pays fonctionnent dĂ©jĂ  largement aux renouvelables, tandis que la Chine accĂ©lère l’adoption des vĂ©hicules Ă©lectriques.  

Au fond, le défi n’est plus technologique mais politique et industriel : organiser rapidement la baisse de la demande fossile.

Alors que l’UE est pionnière mondiale de la dĂ©carbonation, les nouveaux Ă©quilibres politiques et la pression gĂ©opolitique, semblent en menacer les acquis. Une analyse de l’institut avant-garde dĂ©crit une architecture climatique europĂ©enne « en voie de fragilisation Â». Les principaux outils de dĂ©carbonation — marchĂ© carbone europĂ©en (SEQE), mĂ©canisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) et règlement sur la rĂ©partition de l’effort (RRE) — sont progressivement assouplis au nom de la compĂ©titivitĂ© et du pouvoir d’achat.

Report du SEQE 2 (ETS 2 – ES 27/4/26), mise en cause de la CBAM (ES 13/4/26 et bis) , hĂ©sitations Ă  sanctionner les États en retard : l’UE semble renoncer Ă  une rĂ©gulation contraignante alors mĂŞme que les rĂ©ductions d’émissions deviennent plus difficiles. Le rapport alerte sur une dynamique d’effondrement politique et climatique : Ă  force d’amĂ©nagements, l’Europe risque de perdre sa capacitĂ© Ă  piloter la transition Ă©nergĂ©tique et d’aggraver sa vulnĂ©rabilitĂ© Ă©conomique et environnementale.

Pourtant, l’UE Ă©tait bien reprĂ©sentĂ©e Ă  Santa Marta, notamment par le prĂ©sident du Conseil europĂ©en, AntĂłnio Costa, et par son Commissaire au Climat, W. Hoekstra, qui s’est contentĂ© de rappeler la nĂ©cessitĂ© et l’urgence de sortir des fossiles.

Ă€ Santa Marta, la France a contribuĂ© Ă  travers une feuille de route d’électrification et de sortie progressive des fossiles, saluĂ©e comme un exemple rare de calendrier clair. SaluĂ© par les participants, le plan s’appuie sur la stratĂ©gie nationale bas carbone (dĂ©c. 2025) et prĂ©voit la fin du charbon d’ici 2030, du pĂ©trole d’ici 2045 et du gaz d’ici 2050, avec des mesures dĂ©jĂ  engagĂ©es comme l’interdiction des chaudières gaz dans les logements neufs Ă  partir de fin 2026 et un objectif de forte hausse des voitures Ă©lectriques.

Coorganisateurs avec la Colombie, les Pays-Bas ont contribuĂ© Ă  structurer une « coalition des volontaires » rĂ©unissant près de 60 États favorables Ă  une sortie progressive des Ă©nergies fossiles. La diplomatie nĂ©erlandaise cherche ainsi Ă  transformer un dĂ©bat symbolique en feuilles de route concrètes sur le financement, les subventions et la transition industrielle.

L’épisode a renforcé l’idée qu’une transition planifiée est possible, même si les financements restent un défi majeur.